L’épopée du spélénaute (ROV)

La Société Spéléologique de Fontaine de Vaucluse est sans doute le seul club à posséder un robot sous-marin filoguidé nommé le Spélénaute, robot de la série Achille (n° 0) engin construit par la C.O.M.E.X. Cette acquisition n’a pu se faire que par la ténacité des membres du club et de son président de l’époque, Raymond Fradin, grâce à l’aide de partenaires qui en ont permis l’achat par leur soutien financier et par le travail de Jean Marc Mahieu, industriel islois, membre du club, qui, dans son entreprise a reconditionné et rééquipé l’appareil qui, construit pour la recherche off-shore, n’avait pas de protection pour affronter les parois rocheuses d’un gouffre étroit.

 

L’achat


Quelques extraits du document envoyé en 1986 (?) au Conseil Général ; mairie de Fontaine et à des investisseurs privés :

L’émergence de Fontaine de Vaucluse est l’une des cinq plus forte du monde.

Elle intrigue de nombreux scientifiques et spéléologues qui, depuis plus d’un siècle essaient d’en percer les origines souterraines afin de mieux comprendre le débit qui varie, suivant les saisons et les années, de 4 m3/seconde (étiage) à 100m3/seconde (crue centennaire), avec un débit moyen de 18.6m3.
Parallèlement aux travaux effectués dans l’émergence, les spéléologues vauclusiens recherchent, par l’exploration des avens, la relation de ces points d’absorption avec la Sorgue souterraine.
A ce jour une dizaine de colorations réalisées dans les eaux souterraines du plateau Vauclusien, ont prouvé une relation directe avec la Fontaine de Vaucluse. Ces années de prospection et d’études permettent aujourd’hui, de cerner une partie du fonctionnement de la plus grande source d’Europe.
De nombreux points restent cependant à éclaircir, ne serait-ce que l’alimentation de la Fontaine de Vaucluse en période de sécheresse par des eaux de réserve !!!
Les spéléologues vauclusiens souhaitent donc plus que jamais poursuivre les explorations du gouffre. Ces recherches, bien que très délicates et surtout onéreuses, ne manquent pas de motivations.

  • Dresser une topographie la plus complète possible.
  • Ramener des images en nombre important.
  • Prendre des mesures de débit à différentes cotes.
  • Localiser d’éventuelles arrivées d’eau avant la base du puits.
  • Faire une étude approfondie du fond à –308 mètres.
  • Prélever des échantillons d’eau, de galets, de sable à grande profondeur à des fins d’analyses.

La réalisation d’une telle opération nécessite cependant de gros efforts auxquels la S.S.F.V s’emploie. Ainsi la construction d’un robot sous-marin, spécialement conçu pour mener à bien ces explorations est actuellement à l’étude.

Bien entendu, le financement de cette expédition demeure le point primordial de la réussite.

 

Pourquoi fabriquer un appareil offshore alors qu’il en existe bon nombre sur le marché ?


Nous avons participé à toutes les expéditions effectuées dans la Fontaine de Vaucluse à l’aide d’appareils filoguidés ; après en avoir organisé 3, fait le point avec bon nombre de fabricants ou propriétaires d’engins de ce type, nous nous sommes rendu compte que la plupart de ceux-ci ne sont pas conçus ni pour l’exploration en gouffre immergé, ni pour les objectifs que nous comptons atteindre.

Du matériel fabriqué par nos soins serait étudié et spécialement adapté à ce genre d’exploration, procurant à celle-ci le maximum de chance de réussite.

 

Les explorations


De multiples expéditions avaient déjà eu lieu dans la Fontaine de Vaucluse.

26/27 mars 1878. Sur l’initiative de Marius Bouvet, ingénieur des Ponts et Chaussées à Avignon, Nello Ottonelli, scaphandrier du port de Marseille, explore la Fontaine de Vaucluse jusqu’à 23 mètres de profondeur ; muni d’un scaphandre lourd, il sonde le gouffre à -40 mètres.

24 septembre 1938.
Un autre scaphandrier du port de Marseille Negri, atteint la profondeur de 30 mètres. Au cours de la descente, il repère la barque d’Ottonelli coulé en 1878 et pense localiser le fond de l’abîme à très peu de distance.

27août 1946.
Deux plongées effectuées par l’Enseigne de Vaisseau J.Y Cousteau accompagné de F.Dumas, G.Morandière, P.Talliez du Groupe d’Etudes et de Recherches Sous-Marines(G.E.R.S) permettent une exploration jusqu’à-46 mètres.
Il s’agissait des premières plongées en scaphandre autonome en gouffre !

Septembre 1954.
R.Magrelli, plongeur d’Alès, effectue plusieurs plongées sur l’initiative du Docteur Ayme ; il atteint-25mètres.

16août 1955.
Les plongeurs de l’Office Français de Recherches sous-marines(O.F.R.S.) parviennent jusqu’à-74mètres et visionnent la suite du conduit vers –85 mètres.
Les spéléologues de la S.S.F.V. créé 2ans auparavant aident l’O.F.R.S. dans ses travaux.
Les plongeurs sont équipés de scaphandres autonomes Cousteau-Gagnan tri-bouteilles. Ils localisent la barque d’Ottonelli et dressent une coupe schématique du conduit.

1957.
Quelques plongeurs de l’O.F.R.S réalisent une coloration à la fluorescéine dans des pertes repérées à-40mètres lors de l’expédition 1955.
La rapide sortie du colorant aux sources secondaires prouva leur communication directe avec le puits principal.

1967.
Une nouvelle expédition de l’O.F.R.S. dirigé par le Commandant Brennot, immerge un appareil télécommandé par câble depuis la surface.
L’infrastructure de surface est installée par la S.S.F.V.
Cet appareil, le TELENAUTE, prêté par l’Institut Français de Recherches Pétrolières descend à-106mètres.
Par précaution, l’engin est stoppé à cette profondeur, bien que le gouffre semble se poursuivre verticalement. Grâce à sa caméra, l’appareil transmet en surface des vues du gouffre mais nullement conçu pour une telle exploration, les renseignements de la partie profonde sont assez peu précis.
Au cours de cette expédition, le plongeur FALCO atteint-90 mètres en scaphandre autonome.

Août1974.
Sous un couvert sportif, les plongeurs du C.R.S.A. d’Angoulême topographient le conduit jusqu’à-78mètres, ceci dans un but commercial en vue d’un éventuel captage de la source. (Projet du Canal de Provence présidé par G.Defferre)
Suite à cette tromperie, le Conseil Municipal de Fontaine de Vaucluse(C.Galy, maire) prend un arrêté interdisant tous travaux et toutes plongées dans le gouffre.

Septembre 1981.
Depuis sa création en 1953 la Société Spéléologique de Fontaine de Vaucluse(S.S.F.V.) travaillait aux recherches dans la Fontaine de Vaucluse et les avens de la région, elle envisage d’organiser une nouvelle exploration du gouffre immergé.
Comptant parmi ses membres un hydrospéléologue confirmé, Claude Touloumdjian, elle obtint l’autorisation d’effectuer des plongées sous certaines conditions très strictes dont messieurs Y.Audic et R.Fradin, responsables de la SSFV, durent se porter garants.
Plongées limitées dans le temps n’ayant qu’un but sportif avec des conditions de sécurité très précises et une assistance médicale.
La plongée à l’air ne pouvant s’envisager de façon sérieuse sur le plan sécurité au-delà de-90mètres, il fallut envisager de plonger à l’héliox, de plus, un caisson de décompression étant exigé par le maire, la S.S.F.V.contacte la C.O.M.E.X. de Marseille, dont Monsieur Delauze, P.D.G., ancien plongeur de l’expédition Cousteau de 1955, accorda la participation bénévole.
C.Touloumdjian fit appel à des plongeurs spéléos de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins comme plongeurs d’accompagnement.

Le 10 octobre. C.Touloumdjian réalise une plongée « Au narguilé » et descend à –153 mètres, record de plongée en gouffre en scaphandre autonome.
Il observe une continuité du gouffre jusque vers –175 mètres puis entame la remontée. L’immersion aura durée 7h21.
Ce record de plongée semble désormais limiter les possibilités de recherches humaines.
Quelques jours plus tôt, le 21 septembre, Jochen Hasenmayer, plongeur allemand, réalise’ une descente et plonge à moins 140mètres en solitaire et sans autorisation.

1982.
J.P.Viard propose la collaboration du Comité d’Etablissement de la Régie Renault de Cléon qui envisage de construire un appareil porte caméra immergeable conçu par lui.
La SSFV accepte. L’appareil est baptisé « Sorgonaute ».

9 septembre 1983.
J.Hasenmayer revient plonger en solitaire et atteint –200mètres établissant un nouveau record. Sa plongée dure 9 heures. Il précise que le gouffre continue verticalement.
Cette plongée ne put avoir lieu que grâce à l’intervention de R.Fradin, en effet le maire C.Galy avait saisi et fait transporter à la mairie le matériel du plongeur qui n’avait pas demandé d’autorisation !
Ce record souleva des doutes, levés par des images prises par la caméra d’un robot, qui montrèrent le repère laissé par le plongeur.

17 Septembre 1983.
Le Sorgonaute plonge et commence son exploration. Après 1h31 de descente, l’engin est stoppé à 243 mètres de profondeur, en effet les 400mètres de câble reliant l’appareil au poste de commande en surface sont déroulés, de plus il y a un peu d’eau dans un compartiment.
La profondeur atteinte se situe à 172 mètres sous le niveau de la mer, mais le fond du gouffre n’est pas atteint et celui-ci se prolonge verticalement. Des images vidéo très intéressantes sont recueillies.

22 Septembre 1984.
Nouvelle expédition organisée par la S.S.F.V. et le C.E Renault-Cléon.
800mètres de câble, appareil modifié, l’opération « Sorgonaute II » débute :
A 22heures, après une difficile mise à l’eau, due à la rupture d’un câble, l’engin descend normalement, soudain, à-233 mètres le contact est perdu, l’image disparaît et l’obscurité envahit la surface. Sorgonaute II semble avoir implosé !!!
Seul le câble est remonté, il faut se rendre à l’évidence Sorgonaute II est bel et bien perdu ! La morphologie du gouffre au-delà de – 243 mètres ainsi que le fond demeure inconnu.

1985.
Malgré les difficultés des plongées profondes en gouffre, soit humaines, soit à l’aide d’appareils, la S.S.F.V. décide de continuer ses recherches, cette fois-ci seule !
Grace à l’aide financière de la mairie de Fontaine, du Conseil Général de Vaucluse, de la Caisse d’Epargne de l’Isle sur la Sorgue et de tous les amis du club et de la Fontaine, une opération dénommée Spélénaute 85 est mise sur pied.
Un câble spécial de 665 mètres est commandé à la Société Tréficable-Pirelli, il servira d’ombilical à un engin loué à la Société Méditerranéenne Industrielle et Commerciale(M.I.C.) de Marseille.
Ce dernier, le Modexa 350, est capable de plongerà-400 mètres, il sera complètement révisé par 2 techniciens de la M.I.C. et quelques spéléos de la S.S.F.V. dans les ateliers de la C.M.C Mahieu à l’Isle sur la Sorgue et opérationnel le 31 juillet.
2août 1985. A 1h49 le Modexa accompagné de plongeurs spéléo est immergé dans la vasque de la Fontaine.
En 3 heures d’exploration le petit sous-marin prospecte le conduit, dépasse les points atteints lors des expéditions précédentes et se pose à-315 mètres de profondeur sur le fond d’un vaste puits encombré de sable et d’éboulis.
La caméra du Modexa transmet pour la première fois des images couleur du fond et permet de repérer deux galeries latérales direction sud-est. De ces galeries arrive un courant, ne pouvant sans risque s’engager plus loin le Modexa est remonté.
La preuve était faite que la SSFV était capable d’organiser des expéditions et de gérer un robot sous-marin dont elle serait propriétaire.

22/23 septembre 1986.
J.P.Viard revient avec un Sorgonaute III tenter de récupérer SorgonauteII. L’affaire tourne au cauchemar et malgré tous les efforts l’engin disparaît à son tour, laissant derrière lui 150 mètres de câble coincé dans le gouffre.

1988.
Une Formule1 pour le gouffre c’est le titre de Vaucluse-Matin le 4 septembre 1988 qui relate des essais du Spélénaute qui succède au Modexa et au Sorgonaute, léger(70 kilos) au lieu de 310 kilos pour le Sorgonaute, fin et racé et maniable il est doté de deux moteurs performants, d’une puissance d’éclairage de 500watts et surtout d’un câble pouvant servir à la fois à la traction(800kilos) et à la transmission. Les essais ont lieu en présence d’André Borel et de Guy Ravier vice-présidents du Conseil Général de Vaucluse qui aide généreusement le club pour ses recherches.

23août 1988.
Sorgonaute IV, engin de secours, réalise une expédition sans succès pour récupérer ses prédécesseurs. J.P.Viard arrêtera là la saga des Sorgonautes.

9 septembre 1989.
Le Spélénaute fait connaissance avec la Fontaine de Vaucluse accompagnés des plongeurs Jean-Charles Chouquet, Bernard Bayle, et Jean-Yves Parizot au début de la plongée, le robot descend par paliers successifs ; un itinéraire permettant aux géologues et spéléologues présents d’observer les parois du gouffre. Observation rendue possible par la caméra, le compas, le profondimètre et le sondeur dont est équipé l’appareil. Comme le Modexa le Spélénaute atteint le terminus de 1985 !

18 septembre 1993.
Deuxième expédition pour le Spélénaute. Il s’agit désormais de topographier, d’observer finement. Des images sont réalisées avec Nicolas Hulot pour l’émission Ushuaia.

9 septembre 1996.
Sylvain Redoutey tente de battre le record de plongée dans le gouffre. Il s’arrêtera à – 195 mètres.

7 septembre/ 13 octobre 1996.
Troisième expédition pour le Spélénaute : La S.S.F.V. veut poursuivre l’observation et la topographie du gouffre commencée en 1989. Au cours de la plongée un fil d’Ariane bloque l’appareil à- 164 mètres. La C.O.M.E.X avec un deuxième robot ne pourra le dégager et reste bloquer aussi. Les deux robots seront remonter un mois après grâce à des plongeurs spéléologue FFS(P.Barnabé).

7 septembre 1997.
Sylvain Redoutey échoue dans une tentative de plongée record.

28 septembre 1997.
Lors d’une plongée initialement prévue pour débarrasser le gouffre des câbles qui l’encombrent, P.Barnabé tente une plongée record, il aurait atteint –250 mètres. Ses instruments en panne entraîneront la contestation de ce record.

Mars 1998.
La S.S.F.V. dépose un projet de prospections archéologiques.

24 au 31 août 2001.
La S.S.F.V. organise des plongées de prospections avec le Spélénaute dans la zone s’étendant de –40 à –80 mètres. Les découvertes nécessiteront de nouvelles plongées complémentaires sous l’égide de la Direction Régionale de L’Archéologie Sous-Marine. Cet important dépôt de pièces antiques montre que le site était le lieu d’un culte fervent vers la fin de l’Empire Romain.

27 décembre au 6 janvier 2002.
La S.S.F.V. commence une campagne de mesure et de topographie du réseau entre 0 et 40 mètres.

9/11Février 2002.
Le 17 et 18 janvier2002 le volcan Nyiragongo(République Démocratique du Congo)a vomi des laves très fluides et très chaudes qui se sont déversées dans le lac Kivu. Michel Halbwachs, professeur de physique à l’université de Chambéry a voulu avec le Spélénaute vérifier que la coulée de lave qui s’est répandue dans le lac n’avait pas atteint la profondeur susceptible de perturber les eaux. Le lac Kivu contient en effet une gigantesque quantité de gaz carbonique et de méthane dissous qui aurait pu suite à un retournement des eaux s’échapper dans l’atmosphère, ce qui s’était produit au lac Nyos au Cameroun provoquant la mort de 1746 personnes
Le Spélénaute est descendu jusqu’à – 210 mètres ce qui permit de constater que la coulée n’était pas descendue au-delà de70 à 100mètres.
La mission d’exploration robotique a été financée par le programme ECHO de l’Union Européenne et par l’ONG Solidarité.
2 membres de la SSFV ont accompagné le Spélénaute, R.Fradin, R.Buniak.

    Autres expéditions :

  • Film sur un volcan sous-marin de l’Atlantique sud (archipel des Açores)
  • Expédition au lac Nyos Nord- Cameroun
  • Recherche d’un U-Boat coulé au large de l’Espagne en Méditerranée.
  • Accompagnement lors de la plongée reconnaissance de Thomas Soulard sur le Prado (Gouffre de Fontaine de Vaucluse) à –140m